Le chardon-marie doit sa réputation presque entièrement à son action sur le foie. C’est l’axe de recherche le plus solide et le plus documenté de cette plante. Voici ce que les études permettent d’affirmer précisément.
La silymarine (voir notre article sur sa composition) protège les cellules du foie selon trois mécanismes principaux. Elle stabilise la membrane des hépatocytes, ce qui limite la pénétration de substances toxiques à l’intérieur des cellules. Elle neutralise les radicaux libres générés lors de la détoxification hépatique. Elle stimule la synthèse protéique via l’activation de l’ARN polymérase I, favorisant la régénération des cellules hépatiques endommagées.
L’usage clinique le plus solidement établi du chardon-marie concerne le traitement d’urgence des intoxications à l’amanite phalloïde, un champignon extrêmement toxique pour le foie. La silybine injectable (sous forme de silibinine-C-2′-dihydrogen succinate) est utilisée en milieu hospitalier dans plusieurs pays européens comme antidote, avec des données cliniques montrant une réduction significative de la mortalité lorsqu’elle est administrée rapidement après l’ingestion.
La stéatose hépatique (accumulation de graisse dans le foie), en forte augmentation en raison de la sédentarité et de l’alimentation moderne, fait l’objet de plusieurs essais cliniques sur le chardon-marie. Une méta-analyse publiée dans World Journal of Gastroenterology rapporte une amélioration des marqueurs hépatiques (ALAT, ASAT) chez des patients atteints de stéatose hépatique non alcoolique traités par extrait de chardon-marie sur des durées de 12 à 24 semaines, bien que les effets sur l’imagerie hépatique (échographie, IRM) restent plus variables selon les études.
Plusieurs études explorent l’usage du chardon-marie en complément dans les hépatites virales chroniques (B et C) et la cirrhose. Une revue Cochrane sur le sujet conclut à des résultats mitigés : certains essais montrent une amélioration des marqueurs biologiques, d’autres ne trouvent pas de différence significative avec le placebo sur la mortalité ou la progression de la maladie. Le chardon-marie ne remplace en aucun cas un traitement antiviral ou un suivi hépatologique dans ces contextes.
L’usage du chardon-marie pour soutenir le foie face à une consommation d’alcool reste l’indication la plus populaire dans la tradition phytothérapeutique occidentale. Les études sur des hépatopathies alcooliques montrent des résultats globalement positifs sur les marqueurs biologiques, sans toutefois constituer une protection qui permettrait de compenser une consommation d’alcool excessive et prolongée.
